
Jamais édité ni commercialisé, ce morceau du leader de Pulp raconte comment, alors Parisien, il a vécu la nuit du 13 novembre 2015 et les jours suivants. Une émotion viscérale ravivée ici dix ans plus tard.
Dimanche 22 novembre 2015 : l’émission hebdomadaire que la BBC a confiée au leader de Pulp, Jarvis Cocker’s Sunday Service, s’ouvre avec Autumn Rendezvous par Françoise Hardy. L’épisode du jour, “I Love You”, est teinté d’un fort accent français, voire parisien. On y entend deux Jacques, Dutronc (Il est cinq heures, Paris s’éveille) et Loussier (Ballade dans Paris la nuit), le French Kiss de Lil’Louis et le I Love Paris de Frank Sinatra. On y entend même deux fois La Marseillaise, version Aux armes et cætera et en intro du All You Need Is Love des Beatles.
Neuf jours ont passé depuis que les attentats du 13-Novembre ont ensanglanté le Bataclan et les terrasses du Carillon, du Petit Cambodge, de La Belle Équipe, d’À La Bonne Bière ainsi que les alentours du Stade de France. En plein cœur de “I Love You”, Jarvis Cocker révèle Friday 13th 2015, morceau qu’il a écrit, composé et enregistré au cours de la semaine dans un studio londonien en compagnie de la multi-instrumentiste Serafina Steer. Avec une infinie retenue, une voix atone et pourtant habitée, il y raconte sa nuit du 13 et les jours qui ont suivi.
Tout commence par l’appel d’un ami (“I was going to bed when a friend rang and told me to turn on the TV”). Jarvis Cocker raconte l’angoisse d’un père dont le fils n’est pas joignable, qui écoute la radio toute la nuit. Les jours suivants, la vie tente de reprendre son cours (“It was a beautiful sunny day”). Jarvis Cocker détaille ses déambulations dans un Paris flottant, comme livré à lui-même, achète un poulet rôti, deux livres de Joan Didion et Michel Houellebecq, un autre sur Kate Bush, redécouvre des lieux familiers et souillés (“There are three holes in the window of a café called Cosa Nostra”). En racontant la banalité qui se glisse dans l’hébétude, l’incompréhension et l’extraordinaire de la tragédie qui a frappé Paris, Jarvis Cocker touche à l’universel, nous parle à tous et toutes.
Au gré de ses promenades hantées, Jarvis Cocker déclare son amour aux gens ordinaires, à ces common people qu’en d’autres temps il observait d’un œil sarcastique et qui auront fait son succès (“Father for the first time at 46 I love you […] Woman alone in a bakery I love you […] Shopkeeper constructing a tower of clementines I love you […] Blonde cyclist with flowers in her hair I love you…”). L’ensemble est tissé sur un motif synthétique dont la répétitivité et le caractère entêtant renforcent l’âcreté et donnent un goût de cendres aux mots de Cocker qui, dix ansaprès, ravivent des sensations vécues par beaucoup à l’époque.
Le 18 novembre 1963, John Coltrane enregistrait le poignant Alabama deux mois après un attentat à la bombe du Ku Klux Klan, qui avait tué quatre adolescentes noires dans une église. Le 7 avril 1968, soit trois jours après l’assassinat de Martin Luther King, Nina Simone chantait pour la première fois en concert le bouleversant Why? (The King of Love Is Dead). Friday 13th 2015 se place dans la même lignée, rappelant que si l’horreur est humaine, l’art est à même de faire surgir la beauté des décombres.
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